L’année 1998 est celle du 150e anniversaire de l’abolition française de l’esclavage. Retenu pour l’édition 1998 de plusieurs concours, ce thème est parfois évoqué dans le cadre des programmes scolaires.1
Malheureusement, le sujet est plutôt mal connu des métropolitains.2
Aux yeux de beaucoup, il concerne des îles lointaines et minuscules. Est-ce à dire que l’intérêt historique d’un sujet se mesure en kilomètres carrés ? Il peut sembler indécent et irrationnel de considérer l’esclavage comme un thème exotique : c’est à ce prix qu’on mangeait du sucre en Europe !
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Au vrai, en 1789, la question coloniale n’est pas si marginale. Bien que liée à des terres lointaines, elle apparaît dans un cahier de doléances sur cinq. L’assemblée lui consacre d’ailleurs 51 séances entre mars 1790 et mai 1791. Les esclaves révoltés, les libres de couleur, la plantocratie blanche et les fonctionnaires ne sont pas les seuls acteurs de l’histoire des îles. Un grand nombre de protagonistes se trouve à l’assemblée ou dans les provinces. Ainsi, aux Etats-Généraux, le problème de la représentation coloniale est posé par Prieur de la Marne, rapporteur du comité de vérification. Ce sont des sociétés populaires de Bordeaux, Angers ou Châlons qui protestent contre le décret Barnave relatif aux gens de couleur.
De même, se porte-t-on volontaire dans la Seine-Inférieure ou
dans l’Aube, 4 lorsqu’il s’agit de
planter l’étendard de la liberté à Saint-Domingue. Enfin, cinquante à soixante mille soldats sont engagés par Bonaparte lors du rétablissement de l’esclavage.
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Après la proclamation de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, il faut cinq ans pour que soit signé le décret de pluviôse an II abolissant l’esclavage.
Rétablie dans le sang par Bonaparte, l’institution servile est de nouveau supprimée par le décret du 27 avril 1848. Il a donc fallu cinquante-neuf ans pour que la France des Droits de l’Homme donne un caractère concret à une proclamation généreuse. Cela suffit à justifier l’intérêt porté au problème. Comme pour la question du vote des femmes,
6 le cheminement tortueux de la question servile trahit toute la difficulté de la conquête des libertés. Il faudrait donc faire preuve de mauvaise foi pour ne pas reconnaître l’importance historique de l’abolition. Cette question appartient à l’histoire de la France.
C’est aussi un des grands thèmes de l’histoire mondiale des Droits de l’Homme.
2 Nombreuses erreurs
des manuels... quand ils abordent le sujet. Sur ce thème, les synthèses sont généralement muettes, inexactes ou pleines de contresens fâcheux : cf.
François Furet, La Révolution Française, Paris,
1965, 1973, p. 415 ; cf. Marc Bouloiseau, La
République jacobine (10 août 1792-9 th. An II),
Seuil, 1972, p. 256 ; comme le note, Y. Bénot, ( La Révolution Française et la fin des colonies, Paris, La Découverte, 1987, pp. 205-217), les historiens
français ignorent plus ou moins la question. Ajoutons
que les Vieilles colonies (actuels Départements
d’Outre-Mer) subissent le même sort. Les
historiographies locales, la réédition des sources
d’époque, les travaux les plus importants sont en
général ignorés ou mal connus bien que mentionnés
par la Bibliographie Annuelle de l’Histoire de France, le CD-ROM Françis (INRS) et les chroniques d’Anne Pérotin pour la Handbook of Latin American Studies (Washington Library of Congress). Faut-il ajouter que les ouvrages récents ont un code ISBN et qu’à deux pas de la Sorbonne, deux vendeurs-éditeurs distribuent les ouvrages réunionnais, antillais et guyanais ? Les meilleures synthèses n’échappent pas à
la tendance générale cf. Jacques Thobie et
Gilbert Meynier, Histoire de la
France de la France Coloniale, Armand Colin,
1990-1991, t.1 p. 690, t. 2 p. 189. Retour au texte
3 Voltaire, Candide, Paris, 1759, rééd., Bordas, coll. " Univers des lettres ", 1969, pp. 118, 124.
4 Bernard Foubert,
" Les volontaires nationaux de l’Aube et de la
Seine-Inférieure à Saint-Domingue (octobre 1792-janvier
1793) ", Bulletin de la Société d’Histoire de
la Guadeloupe, n°51, 1982.
5 Victor Schoelcher, Colonies étrangères et Haïti, Paris, 1843, Désormeaux, Pointe-à-Pitre, 1973, vol. II. p. 141,
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Cf. ce
parallèle : " En 1848, d’un seul geste, la France (...) a fait des nègres, des électeurs et des
éligibles, (...) Pouvons nous vraiment nous laisser
arrêter par des considérations de procédure lorsqu’il
s’agit de donner aux femmes l’électorat et
l’éligibilité aux conseils municipaux ? ",
intervention parlementaire de Gratien Candace, député
guadeloupéen noir (1912-1942), Journal Officiel de la
République Française (JO), 1er mars
1935, p. 792.
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Dernière mise à jour : jeudi 12 avril 2012